« Là où ça a dérapé, c’est quand on a décidé que l’amour avait besoin de preuves. […]
Au début, ce n’était pas grand-chose. Elle me demandait de me retenir de respirer pendant une minute. Si j’y parvenais, ça voulait dire que je l’aimais. C’était facile. Après elle me laissait tranquille pendant quelques jours. Mais c’était moi qui revenais à la charge. […]
C’est devenu chacun son tour. L’escalade n’a pas tardé. Pour lui prouver mon amour, j’ai dû successivement :
- lécher la cuvette des chiottes ;
- boire son pipi ;
- lire en entier le roman de Claire Chazal ;
- montrer mes couilles dans un déjeuner d'affaires;
- porter des pinces crocodiles sur les seins; […]
De mon côté, pour vérifier qu’elle m’aimait, je l’ai forcée à :
- manger une crotte de chien ;
- porter un godemiché dans le cul pendant 3 jours sans pouvoir faire caca;
- se faire percer le clitoris sans anesthésie ;
- rester attachée à un feu rouge pendant une journée entière, uniquement vêtue de lingerie ; […]
C'est sûr: la guerre était un peu déclarée. »
Frédéric Beigbeder, in Nouvelles Sous Ecstasy.
J’vous l’accorde c’est dégueu, ça donne envie de vomir (non ? vous n’avez pas lu le récit complet…), de gerber, de crier « mais quel gros porc !» avec une expression de dégoût imprimée sur le visage. En même temps on m’avait prévenu. C’est qu’elle porte bien son nom cette nouvelle : « La nouvelle la plus dégueulasse de ce recueil », on ne peut plus clair.
Et il ne paye pas de mine ce recueil de Frédéric Beigbeder.
Une centaine de pages écrites en moyen gros où Beigbeder nous fais part de son parcours avec l’ecstasy, ou du moins celui de ses personnages, au travers de quatorze nouvelles produites sous son influence. La première, pouvant paraître déroutante, n’est qu’une succession de questions, mises les unes à la suite des autres pour un enchaînement on ne peut plus logique, un peu plus loin une autre vous racontera la première prise d’ecstasy comme une première gorgée de bière, tandis que l’ultime nouvelle finira de vous achever. Car ce livre n’est finalement pas si différent d’une prise de drogue, on monte et on descend au gré de la volonté d’un Fréderic Beigbeder slalomant entre romantisme et sadisme.
Au bout du compte, le résultat est plutôt réussi. Je dois avouer que j’ai aimé, pas pour le caractère sado-maso, vulgaire ou violent que l’on peut parfois y trouver au détour de certaines pages. Non pas réellement pour ça, mais sans doute pour la folie, l’extravagant, l’illégal, l’interdit et surtout l’amour… Parce que finalement il ne parle que d’amour ce recueil, d’amour et de drogue. D’amour caché, d’amour gâché, d’amour incompris et de drogue, enfin d’ecstasy. Pilule de l’amour appréciée, apprivoisée, consommée toujours pour aimer mieux, pour aimer plus.
A 21 ans, je suis loin d’avoir fait les 400 coups, et après avoir lu ça, j’avais pourtant l’impression d’en avoir beaucoup trop fait ou du moins beaucoup trop lu.
Mais si c’était à refaire, je recommencerais…
-Q-


2 commentaires:
Super article ! Ce livre me tentait bien, mais j'ai eu la flemme de le chercher. Tu m'as donné envie.
bah alors, vous avez fait une O.D d'ecsta sans y toucher? y'a plus de chroniques? ;)
Continuez comme ca, c'est coolaz!
Enregistrer un commentaire