Dessin by Benoît Greant ©, http://www.benoitgreant.be/blog/

mardi 19 août 2008

… Je t’initie au meilleur du down under !

On ne « s’attaque » pas à des artistes dans le vent, comme à un (vieux ?) dadais dont tout le monde se fout. Il faut se renseigner, se documenter et bien entendu avoir les moyens de légitimer sa vérité contre tous les détracteurs possibles. Par exemple, à l’heure d’aujourd’hui, on ne peut balbutier avec hésitation quelques mots sur les flamboyants Midnight Juggernauts comme on pourrait le faire sur un pâlot Doc Gyneco

Alors pourquoi s’engager dans la chronique d’un Dystopia, pas toujours compris mais pourtant acclamé par la foule des gens biens ? Là, où je remplis avec brio quelques unes des compétences demandées, c’est que je peux me gausser de les avoir vu sur leur terrain, presque à domicile. Un concert sans prétention au milieu des étudiants de l’université du New South Wales à Sydney. Kicks asses ?! Yes, I know !


Si l’on est réaliste, chroniquer Dystopia c’est un peu comme essayer de savoir pourquoi les dinosaures ne sont plus de ce monde. On est sûr de rien, on a des pistes bien entendu mais tellement d’interprétations différentes. De l’autre côté, on pourrait aussi les comparer à ces ovnis que l’on redoute mais qui nous font aussi tant fantasmer. Pas vraiment sûrs de leur existence, le fait de les savoir présent, en rassure certains et en intimide d’autres très justement. Dès l’Intro, qui ferait un magnifique générique pour LOST, on perçoit ce côté fantastique.

Une écoute plus approfondie de l’album, qui aura mis quelques temps à arriver jusqu’à notre bonne vieille Europe, nous met face à une musique pop-rock aux effluves électro-disco. Bref, pas de style à proprement parler, bien que les Juggernaut’s se revendiquent avant tout comme un groupe de rock. Le rendu pourrait être décrit comme quelque chose d’entraînant et mélodique, réveillant jusqu’à ton profond intérieur… Je te surprends déjà à dodeliner, enthousiasmé par un Ending Of An Era et un Into The Galaxy. Interstellaire, sidéral, rien que la jaquette aurait pu nous donner un indice sur les sons cosmiques dont regorgerait cet album: une aurore boréale (ou australe, va savoir ?!).

Dans une ambiance finalement assez mystique et irréelle, Dystopia, c’est un peu l’album où nos frenchies de Justice donneraient dans le chant liturgique et où Jean-Michel Jarre se convertirait au rock (Worlds Converged, So Many Frequencies). Parmi les titres phares, tu retrouveras l’électrique Tombstone, que l’on appréciera encore plus que sur la mix tape de Dj Orgasmic (The Rise and Rise of Orgasmic) et l’incroyable, inévitable Shadows : « It's a story and it ain't gonna end ». Le label parisien Institubes, mécène français du trio, a d’ailleurs sorti dernièrement le maxi Shadows où l’on retrouve l’original des Juggernauts et un remix efficace de David Rubato.

Et si la vie n’a pas vu en toi un polyglotte et que tu ne captes pas un traitre mot de ce qu’ils racontent, dis-toi que même les plus bilingues d’entre nous ne parviennent pas forcément à lire entre les lignes du trio australien. Métaphores à tout va, les Midnight Juggernauts n’ont certainement pas encore révélés tous leurs secrets. On attend avec impatience les prochaines énigmes…

-Q-

samedi 9 août 2008

... je me passe en boucle LA figure incontournable de l'année!


Il est l'heure de faire place sur quelques lignes au boulimique du rap US, il est simplement impossible d'être passé à côté de ce phénomène qui depuis quatre ans nous sert sa série Tha Carter et multiplie les featurings en plus des mixtapes. De la presse spécialisé au dernier numéro de Femme Actuelle, tout le monde a suivi le buzz de Tha Carter III présenté (avant sa sortie) dores et déjà comme un classique, plaçant Lil Wayne au top. Verdict.


Avant tout il faut savoir que cet album ne s'est pas fait tout seul (« Ah bon ?! »), Lil Wayne était totalement conscient de l'attente immense de ses fans mais ce Tha Carter est celui qui marque la fin de la série il fallait donc qu'il soit à la hauteur de cette attente, raison pour laquelle l'auteur a pris son temps et a de nombreuses fois repoussé la galette, que des morceaux zappés ont fini sur mixtape et que le premier single a mis du temps à voir le jour. Mais le perfectionnisme de Weezy ne fut pas vain, l'album est riche.

L'atmosphère s'impose avec 3-Peat, un crescendo épique où Lil Wayne sort les armes et entre dans la bataille sur un hymne guerrier nous menant à l'union des deux Carter du rap US, Lil Wayne et Jay-Z, sur Mr. Carter. On notera là une légère déception d'un Jay-Z en retrait, s'imposant moins que son acolyte mais heureusement son flow reste toujours très alléchant. Weezy se faufile et s'impose sur tous les styles et se souvient du meilleur de Tha Carter premier du nom avec A Mili, morceau résolument dirty south, élevé très haut par ses basses lourdes. Mais outre les prods coup de poing « Tha President » nous montre également son talent sur des prods moins puissantes mais toute aussi lumineuses à l'image du Comfortable de Kanye West, s'accompagnant du chant envoutant du crooner Babyface, un régal pour les oreilles. Et les amoureux de ballades énergiques ne seront pas en reste avec Tie My Hands et Shoot me down, le premier titre est un hommage flambant à sa ville, la Nouvelle Orléans, détruite par l'ouragan Katrina. Le flow gorge serrée de Lil Wayne s'y marie merveilleusement bien à la voix mielleuse de Robin Thicke, faisant de ce titre une complainte élégiaque par excellence. Mais Lil Wayne ne s'arrête pas là et continue sa démonstration de rappeur universel en posant sur des prods plus jubilatoire orientées pop-bubble gum, des tubes faits pour les clubs. A l'image de Lollipop, le premier single de l'album, featuring Static Major (mort deux semaines avant la sortie de la track). Un son pop-rétro couplé à des voix vocodés illuminent cette track qui jouit d'une atmosphère enchanteresse. Titre aussitôt suivi par La la où Lil Wayne retombe en enfance sur un air sautillant, suivi par Brico et Busta Rhymes, ce dernier n'ayant pas à se forcer pour s'intégrer dans le trip à la perfection, c'est déjanté, comique, burlesque, tout ce dans quoi Busta Rhymes excelle. Ce trip drolatique est d'ailleurs parfaitement porté par Weezy qui sur Dr. Carter s'imagine en docteur soignant les rappeurs souffrant d'incapacité aiguë à briller. Lil Wayne le bienfaiteur, défenseur de la cause du rap US, nous sert là une track imagée pleine d'hilarantes trouvailles savoureuses (qui ne plaira probablement pas à tous les auditeurs du milieu ) posées avec brio sur un pur son jazzy produit par le bluffant Swizz Beatz.


Tha Carter III s'impose donc par sa variété des styles et par son auteur charismatique et intenable qu'est Lil Wayne. Il est agité et spontané mais aussi ingénieux et perfectionniste, cocktail explosif qui fait que l'on se retrouve alors avec un rap esthétique tant par les prods (toutes hautes gammes) que par les nombreux flow avec lesquels Lil Wayne nous apparaît (variant souvent dans un même morceau). On pourrait qualifier ce rap d'abstrait, passant du construit au farfelu en passant par l'extravagant et le sage modéré, ce qui ne plaira évidemment pas à tout le monde.

The « Best rapper alive » nous prouve son talent par sa créativité débordante, son génie et tout simplement ses envies. Il fait le rap qu'il aime, le rap qu'il conçoit. Alors pouvons nous parler de Tha Carter III comme d'un classique ? Modérons nos propos pour l'instant, laissons ce disque faire son chemin et rendez vous dans 10 ans.

Pour conclure on ne peut qu' encore une fois nous enthousiasmer en nous disant « heureusement que la pochette d'un disque ne reflète pas son contenu ». Comprenne qui pourra.

Gilles

lundi 4 août 2008

…je te laisse m’accompagner chez le Gynéco !

Est-ce que ça le fait ?

1997. Une gamine. Quelque part dans une classe de sixième. Et ces quelques mots à la bouche : « Comme beaucoup de filles, tu rêves d’être Brenda, d’avoir ton Dylan et d’insulter ton papa… ». On a tous un jour ou l’autre chanté cette chanson, nous exhortant d’aller voir le docteur. Bon nombre d’entre nous, moi la première, n’étaient pas insensible au charme du fameux Docteur du Secteur Ä si ce n’était pas de son chaud lapin d’acolyte Stomy Bugsy.

Première Consultation aura donc été l’album de mes 11 ans et Doc Gyneco, le premier à m’avoir attirée dans l’antre du « rap ». Bien souvent je ne comprenais pas ce qu’il disait et il est évident que le sens de la majorité de ses métaphores, plus ou moins graveleuses, m’échappait. A vrai dire Beregovoy et Senna ne faisaient pas partie des gens auxquels je m’intéressais, je n’étais pas Une Fille Du Moove et bien loin encore d’être une familière des sapes serrées de Morgan ou Kookaï, des sucre d’orge ou autres gâteries. Et pourtant, je m’appliquais dans un effort d’apprentissage intense et régulier.

14 titres, 14 succès ? Pas loin. Comment départager un Né Ici et sa saveur sucrée des îles, d’un Vanessa tout aussi chaud ? Et un Passement De Jambes d’un No Se Vende La Calle ??! Il avait la verve vive et libérée le Doc Gyneco : des tass-pé à foison, des spéculums en veux-tu en voilà et bien entendu du sexe en open bar… Ca ne l’empêchait pas d’être, avant tout et surtout, un lover ! Car finalement Vanessa et Ma Salope à Moi ne sont-elles pas finalement deux belles déclarations d’amour à la sauce Ministère A.M.E.R. ? Et bien qu’on puisse résumer cet album aux filles, le Doc n’en oublie pas moins d’aborder des sujets dirons-nous plus « graves » : une « avant-notoriété » pas toujours rose, une célébrité pas toujours assumée, un ras-le-bol de vivre, toujours avec un flow nonchalant mais néanmoins percutant et une certaine dose d’humour. Quand un Nirvana, nous laisse entrevoir les faiblesses du porte-parole, commis d’office, de la fumette, Tel Père, Tel Fils revient sur l’absence d’un père pas forcément bien digéré.

Je sais bien que je me risque là dans le rôle de l’avocat dont le client est pourtant, aux yeux de tous, coupable. Mais bon, quelques soient les nouveaux engagements de son auteur, ses déboires dans les magazines, Première Consultation, fait incontestablement partie de ses albums qui ont marqué ma jeunesse (votre jeunesse ?). Je peux l’écouter encore maintenant, quelques onze ans après, et me surprendre à connaître la totalité des textes. Oserai-je, les yeux baissés, balancer un «qui dit mieux?»…

-Q-