Jason Beck aka Gonzales aka Gonzo, auto-proclamé the Worst MC, revient avec un nouveau visage (ou simplement avec un autre de ses multiples visages). Gonzales se rassoie derrière son piano, collabore avec un producteur toujours en vogue et s'attache dorénavant à faire ses preuves au chant, tout un programme, l'intitulé du jour s'appelle Soft Power.
Depuis plusieurs années Gonzales avait disparu dans l'ombre de ses productions pour des grands noms comme Charles Aznavour ou Jane Birkin ou encore des artistes plus « modernes » (et pas moins méritants) que sont Philippe Katerine ou Teki Latex. C'est en réalité en 2003 que la pianiste mégalomane s'installe à Paris et qu'il commence à travailler avec Renaud Letang (qui produit déjà Alain Souchon et Manu Chao) les deux compères formant maintenant un véritable duo (connu sous le nom de VV).

Avec Soft Power Gonzales nous montre qu'il n'a pas encore tiré toutes ses gâchettes et que l'autoproclamé génie musicale sait plus que jamais nous parler en musique. Même si certains morceaux peuvent s'y apparenter, où le piano est largement mis en avant, on se trouve bien loin de Solo Piano. Les honneurs reçus sont mis de côté, Gonzo brouille les pistes sans composer avec absurdité, l'image de « musicien crédible » de Solo Piano ne le satisfaisant pas il choisit ici de se mettre en danger par le chant. L'homme écrit alors des textes fait pour lui et compose des musiques étudiées pour sa voix.
Nous voici donc avec une galette éclectique, surfant sur la multitude des genres, sautillant entre mélodie mélancolique et cantique disco. Le génie canadien nous avait habitué, avec ses cinq précédents albums à ne pas s'attacher à un seul genre, Soft Power ne déroge pas à la règle. L'album s'ouvre sur l'entrainant et percutant single Working Together avec son refrain qui entre dans la tête sans jamais en ressortir et ses handclaps qui vous pénètrent. Slow Down nous fait ensuite faire un retour en arrière à l'époque des vrais crooner, un titre très Nat King Cole qui contient un solo de saxophone qui selon Gonzales choque les auditeurs « l'instrument ayant la forme d'un phallus et une forme vaginale en même temps ». On enchaine sur des tubes disco tel que Let's ride, où les choeurs sont assurés par Feist, dont le synthé endiablé nous renvoie sur les pistes de danses des boites de nuits qu'on appelait encore récemment « discothèques », ou le flambant Unrequited love qui pourrait sonner comme un hommage à ABBA par sa puissance disco et ses choeurs entêtants.
Mais le piano reste l'instrument incontournable de Gonzales, et reste pour Soft Power l'instrument phare. Sans tomber dans un Solo Piano bis le pianiste nous sert de magnifiques arrangements sur Theme from In-Between et Modalisa ou encore Map of the World qui nous offre une magnifique et poignante ballade. L'album se conclut sur le somptueux Singing Something accordant la part belle à la voix de Gonzales où celui ci nous transmet sa jubilation à donner de la voix, une ballade puissante, l'incarnation totale du Soft Power.
L'édition limitée de l'album nous offre trois track bonus : le premier, Fortunately – Unfortunately, où Gonzales se montre en rappeur hargneux surréaliste, poussif à souhait. Le second est un remix de Slow Down où Teki Latex pose sa voix le temps d'un couplet, rappelant la récente collaboration des deux hommes, le son de l'un et le flow et la voix de l'autre laissent rejaillir une osmose parfaite. Et le troisième et dernier titre, Home Movies, un nouvel hymne au piano retraçant le sillage de Solo Piano, qui sonne comme un retour aux premières amours de Gonzales.
Soft Power rassemble donc une dizaine de titres s'inscrivant chacun dans une époque où le concept des genres qu'ils survolent n'avait pas encore perdu toute son unicité.
Au final, à travers cet album, l'Entertainist continue de remanier sa musique et sa propre image, nous montrant encore une fois les multiples facettes du personnage et nous servant une musique qui se veut intelligente en variant les couleurs et les genres sans jamais entrer dans des complications agaçantes.
Gilles
http://www.myspace.com/gonzpiration
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